La bénignité du papier

Je vous en parlais, quelque part en décembre, de ce retour au mouvement du texte, à l’écriture manuscrite quotidienne, presque hygiénique, pour arriver à sortir de l’esprit de «production» littéraire, de l’écriture qui, nécessairement, doit atteindre l’excellence d’un texte publié. Je le répète souvent: j’écris lentement, chaque paragraphe prend du temps à surgir, du temps encore à être peaufinés, avant que je puisse passer au suivant, et encore, et encore, autant de fois qu’il faut pour écrire un roman. L’écriture quotidienne me sort de cette responsabilité textuelle, c’est une forme de libération étonnante, que je pratique généralement dans le bain pour l’extraire pleinement de tout cadre performantiel.

De cet exercice, celui de la main, celui des mots surgit sur la page par la main, naissent innombrables les idées. L’action débourre le texte, la bénignité du papier (quelle absurdité, dans un monde où les ressources sont comptées, ce devrait être l’inverse…) change tout. Comme si les mots manuscrits étaient plus sans conséquence, hors du « livre » ou de l’idée du livre, même si presque tous s’y retrouvent ensuite, rangés, organisés, polis.

Pour Noël je me suis offert un agenda quotidien, une page blanche par jour que j’essaie de remplir aussi régulièrement que possible, sans pour autant me flageller si je saute une (ou plusieurs) journées. Il y a un double exercice de lâcher prise dans ce processus. D’abord celui d’écrire sans penser aux répétitions, aux fautes, à une intrigue particulière ou à une approche technique spécifique; celui, ensuite, de ne pas non plus en faire un « travail » ou une « obligation » en soi. En sortant le texte de l’ordinateur, la spontanéité devient un peu plus facile et absurdement, je trouve presque toutes les idées qui relancent mon écriture « officielle » pendant ces périodes. Pour moi, cette incursion du côté du papier change tout.

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